Imaginez-vous un soir de novembre au Royaume-Uni. L'air est vif, chargé d'une odeur de bois brûlé et de poudre. Le ciel s'illumine soudain de mille feux colorés tandis que des enfants, emmitouflés dans leurs écharpes, tournent autour d'un immense brasier.
C'est la Guy Fawkes Night, une tradition britannique qui célèbre chaque 5 novembre un événement pour le moins étonnant : l'échec d'un complot terroriste vieux de plus de 400 ans. Mais pourquoi les Britanniques continuent-ils de commémorer une tentative d'assassinat ratée avec autant d'enthousiasme ? Quelle histoire se cache derrière cette fête de feu et de poudre ?
Dans cet article, nous allons plonger dans ce pan fascinant de l'histoire britannique, tout en enrichissant votre vocabulaire anglais. Parce qu'apprendre une langue, c'est aussi comprendre les histoires qui façonnent l'identité d'un peuple.
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Au programme de cet article
Guy Fawkes Night : une nuit qui aurait pu changer l'Angleterre
Pour comprendre pourquoi cette nuit du 5 novembre 1605 reste gravée dans la mémoire collective britannique, il faut remonter à une époque de tensions religieuses et politiques extrêmes. L'histoire du Gunpowder Plot n'est pas qu'un simple fait divers : c'est le reflet d'une société déchirée, où le pouvoir royal et les convictions religieuses s'affrontaient parfois jusqu'à la mort.
L'Angleterre sous tension
Au début du XVIIe siècle, l'Angleterre vit une période de profonde instabilité religieuse. Depuis qu'Henri VIII a rompu avec Rome en 1534 pour créer l'Église anglicane, le pays oscille entre protestantisme et catholicisme au gré des souverains. En 1605, le roi Jacques Ier (James I) règne sur un royaume officiellement protestant, mais où une importante minorité catholique vit dans la crainte et la répression.
Les catholiques anglais subissent de lourdes discriminations : ils sont interdits de culte public, doivent payer des amendes importantes (recusancy fines), ne peuvent occuper de fonctions officielles, et risquent la prison ou pire s'ils sont découverts célébrant la messe. Cette oppression crée un terreau fertile pour la révolte.
C'est dans ce climat de méfiance, de frustration et de désespoir que naît l'idée d'un complot audacieux : éliminer le roi et tout le Parlement d'un seul coup.
Le complot de la poudre : un plan secret
Le plan est d'une audace folle. Un groupe de treize conspirateurs catholiques, dirigé par Robert Catesby, décide de faire exploser le Parlement lors de son ouverture officielle par le roi, le 5 novembre 1605.
Pour mener à bien leur projet, les conspirateurs louent une cave située directement sous la Chambre des Lords. Pendant des mois, ils y accumulent discrètement 36 barils de poudre à canon (gunpowder), soit environ 2 500 kg d'explosif. Guy Fawkes, mercenaire expérimenté ayant combattu en Espagne, est chargé d'allumer la mèche au moment opportun. Son expérience militaire et son sang-froid en font l'homme idéal pour cette mission.
Le complot est minutieusement préparé. Les conspirateurs établissent même des plans pour kidnapper la princesse Elizabeth et organiser la transition du pouvoir. Tout semble parfaitement orchestré. Mais comme souvent dans l'histoire, c'est une lettre anonyme qui va tout faire basculer.
Guy Fawkes, de conspirateur à symbole
Dans la nuit du 4 au 5 novembre 1605, des gardes effectuent une fouille de routine dans les caves du Parlement suite à une lettre d'avertissement anonyme reçue par Lord Monteagle. Ils découvrent Guy Fawkes, gardant 36 barils de poudre et portant sur lui une montre, des allumettes et des mèches. Pris en flagrant délit, il est immédiatement arrêté.
Sous son faux nom de "John Johnson", Fawkes refuse d'abord de parler. Mais après plusieurs jours de torture à la Tour de Londres, il finit par avouer et révéler l'identité de ses complices. Sa signature sur ses aveux, tremblante et presque illisible, témoigne des souffrances endurées. Les autres conspirateurs sont traqués et capturés. Certains meurent lors de leur arrestation, d'autres sont jugés pour high treason (haute trahison).
Le 31 janvier 1606, Guy Fawkes et ses complices survivants sont exécutés selon la méthode réservée aux traîtres : pendu, éventré et écartelé (hanged, drawn and quartered).
Mais l'histoire de Guy Fawkes ne s'arrête pas à sa mort. Au fil des siècles, il est devenu bien plus qu'un simple conspirateur raté. Il est devenu un symbole ambigu : traître pour certains, figure de résistance pour d'autres. Cette dualité fait toute la richesse de la Guy Fawkes Night.
D'un complot raté à une tradition nationale
Comment un événement aussi sombre est-il devenu une fête populaire célébrée chaque année avec enthousiasme ? L'histoire de cette transformation nous en dit long sur la société britannique et sa relation complexe avec le pouvoir.
Pourquoi le 5 novembre n'a jamais été oublié
Dès 1606, une loi est votée instituant le 5 novembre comme jour d'action de grâce national (Thanksgiving Day) pour célébrer l'échec du complot. Les Britanniques sont encouragés à assister à des offices religieux spéciaux remerciant Dieu d'avoir protégé le roi et le Parlement. Cette loi restera en vigueur jusqu'en 1859, garantissant que la mémoire de cet événement traverse les générations.
Mais au-delà de la loi, c'est la transmission populaire qui assure la pérennité de cette tradition. Les familles racontent l'histoire à leurs enfants, les écoles l'enseignent comme un moment clé de l'histoire nationale, et les communautés organisent des célébrations collectives. Le fameux poème "Remember, remember the Fifth of November" est récité de génération en génération, ancrant profondément cet événement dans la culture britannique.
Cette perpétuation n'est pas innocente : elle sert à rappeler les dangers de la trahison, à renforcer la loyauté envers la Couronne, et pendant longtemps, à entretenir la méfiance envers les catholiques. Pendant des siècles, la Guy Fawkes Night a été l'occasion d'exprimer ouvertement des sentiments anti-catholiques, notamment en brûlant des effigies du Pape.
Le feu comme punition… puis comme fête
À l'origine, les feux de joie (bonfires) du 5 novembre avaient une symbolique claire : ils représentaient le châtiment des traîtres.
Mais avec le temps, cette dimension punitive s'est progressivement estompée pour laisser place à une célébration festive. Les bonfires sont devenus des moments de rassemblement communautaire, des occasions de se retrouver autour du feu, de partager un repas, de regarder les enfants s'amuser.
Aujourd'hui, rares sont ceux qui, en admirant les feux d'artifice du 5 novembre, pensent réellement à Guy Fawkes et à son complot. La fête s'est détachée de ses origines pour devenir une tradition en soi, un moment de convivialité automnale.
Une mémoire collective très britannique
Ce qui rend la Guy Fawkes Night fascinante, c'est ce qu'elle révèle de la psyché britannique. C'est l'une des rares fêtes nationales qui célèbre l'échec d'une révolte plutôt qu'une victoire ou une révolution réussie. Cela témoigne d'un attachement profond à la stabilité, à l'ordre établi, et à la continuité des institutions.
Pourtant, il y a aussi une certaine ironie dans cette célébration. Guy Fawkes, le traître, est devenu au fil du temps une sorte d'anti-héros. Son visage apparaît sur des masques portés lors de manifestations anti-gouvernementales dans le monde entier, popularisés par le film V for Vendetta. Le conspirateur qui voulait détruire le Parlement est devenu un symbole universel de résistance contre l'autorité.
Cette ambivalence est très britannique : l'humour noir, la capacité à célébrer quelque chose tout en se moquant de soi-même, et une relation complexe avec le pouvoir qui mêle respect et scepticisme.
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Comment se déroule la Guy Fawkes Night aujourd’hui
Plus de quatre siècles après les événements de 1605, la Guy Fawkes Night reste une tradition très vivante au Royaume-Uni. Chaque 5 novembre, le pays s’illumine de feux et de couleurs pour célébrer cette nuit unique mêlant histoire, fête et satire.
Bonfires and fireworks
Le soir du 5 novembre, des milliers de bonfires (feux de joie) sont allumés dans tout le pays. Familles et voisins se rassemblent autour du feu, emmitouflés dans leurs manteaux, en dégustant des spécialités comme les jacket potatoes (pomme de terre au four farcie), les toffee apples (pomme d'amour au caramel) ou le parkin (gâteau àla mélasse et au gingembre).
Lorsque la nuit tombe, place au fireworks display (feux d'artifice): le ciel explose de lumières et de détonations, dans une ambiance à la fois joyeuse et spectaculaire. Certaines villes, comme Lewes, sont célèbres pour leurs défilés aux flambeaux et leurs feux d’artifice grandioses.
The Guy : entre satire et tradition
Au sommet du feu brûle souvent une effigie, “the Guy”, qui ne représente pas toujours Guy Fawkes mais parfois des figures politiques ou médiatiques impopulaires. Cette tradition transforme la fête en un moment de satire collective, où l’on se moque du pouvoir autant qu’on célèbre l’histoire.
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Le vocabulaire clé de la Guy Fawkes Night
Maîtriser le vocabulaire autour de la Guy Fawkes Night vous permettra non seulement de comprendre cette tradition, mais aussi d'enrichir votre anglais dans des domaines historiques ainsi que le vocabulaire anglais politique et culturel, souvent négligé.
Vocabulaire de l'événement et des traditions
Le lexique du complot et de la trahison
Le vocabulaire de la contestation et du soulèvement
Le poème de la Guy Fawkes Night
Le poème traditionnel de la Guy Fawkes Night, que tout Britannique connaît, est le suivant :
"Remember, remember the Fifth of November,
Gunpowder, treason and plot.
I see no reason why gunpowder treason
Should ever be forgot.
Guy Fawkes, Guy Fawkes, t'was his intent
To blow up the King and Parli'ment.
Three-score barrels of powder below
To prove old England's overthrow;
By God's providence he was catch'd (or by God's mercy*)
With a dark lantern and burning match.
Holla boys, Holla boys, let the bells ring.
Holla boys, holloa boys, God save the King!
And what should we do with him? Burn him!
(Rappelez-vous, rappelez-vous le cinq novembre,
La Conspiration des poudres,
Je ne connais pas de raison
Pour qu'un jour soit oubliée
La Conspiration des poudres.
Guy Fawkes, Guy Fawkes, il voulait vraiment
Faire sauter le Roi et le Parlement.
Trois vingtaines* de tonneaux de poudre par terre
Pour renverser la vieille Angleterre ;
Grâce à Dieu, on l'a attrapé
Avec une lanterne sourde et une allumette allumée.
Allez les gars, allez les gars, que toutes les cloches sonnent à la fois.
Allez les gars, allez les gars, que Dieu sauve le Roi !
Et de lui, que fait-on ? Nous le brûlons !)
Apprendre l'anglais, c'est aussi comprendre son histoire
Apprendre l'anglais de manière vivante, c'est s'immerger dans les histoires, les traditions et les références culturelles qui donnent tout son sens à la langue. Au Cercle des Langues, nous croyons fermement qu'un anglais vivant, incarné et intelligent passe par la compréhension de ces événements qui façonnent l'identité des peuples anglophones.
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- Date : 5 November (5 novembre)
- Événement fondateur : The Gunpowder Plot (le Complot de la poudre, 1605)
- Figure centrale : Guy Fawkes, conspirateur devenu symbole
- Thèmes clés : pouvoir, trahison, mémoire collective, résistance
- Célébrations : Bonfires (feux de joie) et fireworks (feux d'artifice)
- Intérêt pédagogique : vocabulaire historique, politique et culturel souvent absent des manuels
La figure de Guy Fawkes a largement dépassé le cadre historique britannique pour devenir une icône mondiale de la contestation, que l’on retrouve dans certains des meilleurs films pour apprendre l’anglais !
- V for Vendetta : Le film de 2005 (adapté du comics d'Alan Moore) a popularisé le masque de Guy Fawkes comme symbole de résistance contre l'oppression. Le protagoniste, V, porte ce masque tout au long du film et cite le fameux poème "Remember, remember the Fifth of November". Cette œuvre a transformé Guy Fawkes en symbole anti-autoritaire universel.
- Manifestations modernes : Depuis, le masque de Guy Fawkes est devenu l'emblème du mouvement Anonymous et apparaît dans les manifestations du monde entier, d'Occupy Wall Street aux printemps arabes.
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